And tomorrow ?

baffouillé le 04/01/06

'' Jeudi, quelques minutes avant 16h, dans une piscine de quartier. C'est la fin des courtes journées d'hiver, l'air frais souffle dehors. Sur le banc, au chaud, à l'intérieur ils sont quatre, trois hommes et une Femme.
Elle est grande, d'une morphologie sèche. Un physique qu'on devine musclé par la vie et les activités. Un visage tout en longueur, quelques rides. Mais si on la regarde bien, il devient très dur de lui donner un âge, car c'est pas le passé qui se dégage d'elle mais une force incroyable, infatigable. Peut-être un peu impulsive, avec beaucoup de caractères.
Eux aussi ont passé l'âge, le temps a laissé ses marques dans leur démarche lente et prudente. Et si on les regarde plus longuement, chaque pli correspond à un sourire, à une émotion, à une partie de leurs vies. Ils doivent tous être à peu près de la même " époque ", ayant grandis dans la même atmosphère, avec les mêmes images, des sons et des senteurs en communs. Celles de la tarte aux pommes de grand-mère chez qui ils allaient le mercredi, de la soupe au potiron des soirs d'hiver quand il neigeait dehors, des madeleines au goûter. Il se pourrait même qu'ils se soient croisés enfant, ne pouvant imaginer qu'ils allaient se retrouver sur ce banc, des années plus tard.
Il y en a un qui à un béret, son compagnon d'un soir le crâne qui se dégarnis un peu. La teinte légèrement grisonnante de leurs cheveux laisse deviner toutes les années qu'ils ont derrière eux.

Moi comme tous les jeudi, je m'assoie dans un coin et je les écoute. Je les écoutent parler de la vie d'avant, de ' leur ' vie d'avant, et puis d'aujourd'hui. Leur avis est celui de personnes d'expériences, toujours réfléchis, sensé. C'est parfois drôle, souvent entrecoupé de silence, peur leur laisser le temps de reprendre leur souffle ou tout simplement de rassembler leurs souvenirs.
Au fil des semaines, on est devenu comme des figurines qu'on place dans une maison de poupée, au même endroit toujours, et quand un des quatre manque à l'appel, j'espère qu'il va bien.

Si ils se retrouvent là, toutes les semaines, au rendez-vous, ce n'est pas vraiment pour la natation, c'est autre chose. A travers leurs discussions ou chacun raconte ce qu'il a fait dans la semaine, le sport qu'ils faisaient, qu'ils ont fait. Je me crois tout d'un coup dans une cour d'école, dans ces moments où les enfants surenchérissent sur leur performance, celui qui s'est couché le plus tard, à ramasser le plus de marrons.. A bien y réfléchir, leur présence prend un tout autre sens, ces paroles aussi. Ces rendez-vous, c'est leur moyen de repousser le temps, de continuer à vivre, à profiter coûte que coûte. Ils me regardent, nous regardent, nous laissent nous asseoir nous aussi, " venez il faut laisser la place aux jeunes ", mais avec toujours ce sourire et ces yeux qui pétillent, qui disent toujours la même chose :" Moi ? Je suis toujours jeune voyons, je ne vieillis pas "

Quelques heures après, ils sortent en même temps que moi. Ils partent chacun de leurs côtés, avec un : « à la semaine prochaine ". ''

 

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